Rouvrir plutôt que vendre : sur les Champs-Élysées, l’Élysées Lincoln repart de zéro.
Ouvert en 1968 par leur grand-père, le cinéma est repris par Samuel et Louis Merle, à la tête du groupe Multiciné. Autour d’eux, les salles historiques de l’avenue ferment une à une. Plutôt que de céder les murs, ils choisissent de tout refaire. Deux années passées à visiter les cinémas les plus inventifs d’Europe, de l’Everyman londonien aux salles nordiques, donnent la mesure du projet : un lieu hybride, capable de tenir son économie par la programmation autant que par l’évènement.
Louis Denavaut en assure la direction artistique et l’architecture intérieure, en association avec Alain Balzac, associé sur le projet au sein de l’agence ABFM. La réhabilitation est lourde. Structure, acoustique, climatisation, électricité : tout est repris dans un immeuble qui n’avait rien prévu de tel. Les plafonds en staff d’origine, précieux pour leur comportement acoustique, sont conservés. L’ensemble est mené dans un délai que peu de chantiers de cette ampleur autorisent.
L’écriture assume le mélange. Les années soixante-dix et Verner Panton d’un côté, l’hôtel particulier de la Païva, à deux pas sur l’avenue, de l’autre. Dehors, la marquise retrouve ses ampoules et reçoit un bandeau à LED, les poteaux de vitrine sont habillés de laiton. Dedans, moquettes fleuries, boiseries d’acajou, laiton brossé et verre cannelé composent une entrée qui tient à la fois du cinéma américain et du speakeasy.
Chaque salle a son climat et son nom. Le Studio aligne quarante-deux fauteuils de velours framboise à tablette devant un mur de chevrons rouge, prune et rose poudré. L’Audito, lierre vert sur losanges d’arlequin, rejoue la Belle Époque. Le Club est entièrement modulable : arches, ronds, mur de disques rétroéclairés, banquettes de velours terracotta qui se déplacent pour laisser place aux projections-cocktails.
Le projet tient autant du manifeste que de la rénovation. Il démontre qu’une salle indépendante peut tenir en assumant une identité forte et un modèle mixte, huit séances sur dix ouvertes au public et le reste en privatisation. C’est la façon dont l’atelier aborde la rénovation d’un cinéma : un projet d’identité mené de bout en bout, du hall au fauteuil, de l’acoustique à la salle privatisable. À l’heure où les petites salles ferment, l’Élysées Lincoln propose un cadre reproductible, et l’atelier accompagne les exploitants qui veulent s’y essayer.