Un manifeste habité : à Clichy, Louis Denavaut a fait de son propre appartement un terrain d’expérimentation.
Installé dans la ville depuis dix ans, l’architecte d’intérieur y a mené un chantier sans commande et sans client, sinon lui-même et sa famille. Quarante mètres carrés au départ, cent dix aujourd’hui, prolongés par cinquante-cinq mètres carrés de toit-terrasse. Une année de travaux, conduite de bout en bout, à son rythme.
L’extension s’écrit en volumes clairs. De grandes baies vitrées ouvrent la pièce de vie plein sud, tandis que des fenêtres percées au niveau de la terrasse éclairent par le haut et effacent le vis-à-vis. Le double volume ainsi libéré est traversé par une mezzanine au sol de métal perforé, qui filtre la lumière et la redescend, tamisée, jusqu’à la table.
Les matières sont choisies pour leur justesse plutôt que pour leur prestige. Terrazzo au sol, inox brossé dessiné sur mesure pour la cuisine, carrelage ordinaire employé sans complexe dans l’esprit d’Ettore Sottsass, mosaïque vert pop sur la terrasse, empruntée aux quais du RER et du métro. Rien de précieux ici, tout est vivant, se tache et prend la patine du temps.
Le mobilier suit la même logique. Table de salle à manger à plateau de marbre, dressing, suspension en lin, table basse en résine : l’architecte dessine ce qui manque plutôt que de le chercher. Autour, un canapé Tulipe d’Eero Saarinen, des chaises d’Enrico Pellizzoni, un portrait de famille du XIXe siècle. Une collection qui n’obéit à aucune école, seulement à l’usage.
Ce projet dit l’essentiel de sa manière de travailler : des espaces que l’on apprivoise lentement, l’influence d’Alvar Aalto, le goût des lieux qui ressemblent à des ateliers. Une architecture domestique qui n’impressionne pas et qui tient.